Tête, coeur et corps enchaînés dans la sécurité et la routine

« Combien sommes-nous à avoir adopté un mode de vie automatique? Nous vivons la routine du quotidien sans trop nous poser de questions. Pire encore, nous nous contentons d’un petit malheur devenu confortable … » (Giordano. 2015, 9). Notre corps est douillet et en sécurité, notre cerveau trouve la routine commode et notre coeur n’aime pas le changement.

Notre tête essaie constamment de rationaliser : « Bien voyons, ce n’est pas si pire que ça, tu as un bon salaire, tes collègues de travail sont sympas, ton patron est gentil et tu as des bonnes conditions …. de quoi tu te plains!». Mais intérieurement, il y a un vide et tu ne sais pas comment le combler. Rationaliser ou l’éviter ne l’efface pas, il est toujours là.

Peut-être … seulement peut-être, êtes-vous rendu à un moment dans votre vie où vous avez besoin de rénover la vie car « sans être en dépression, [il y a cette] sensation de vide, un vrai vague à l’âme et la désagréable impression d’avoir tout pour être heureux, mais pas la clé pour en profiter » (Giordano. 2015, 21). « Il était temps pour moi de cesser de me voiler la face et d’oser reprendre les choses en main » (Giordano. 2015, 47-48).

Frustrations cumulées et besoins / talents / goûts mis de côté

Ce sont de toutes petites frustrations qui, une fois cumulées, forment une montagne. Un Himalaya qui bloquent complètement le chemin vers une vie épanouie. Ma structure mentale et ma vision construites depuis longtemps  m’empêchaient de les extérioriser. Alors ces frustrations, je les capitalise jusqu’à ce que les intérêts composés multiplient les insatisfactions et forment un portefeuille de rendement garanti de perte de jouissance de la vie.

Comme la raison a souvent eu le dessus sur mes décisions, j’ai mis mes goûts, mes talents et mes besoins de côté. Alors en bout de ligne, ma vie n’avait plus de sens. J’avais beau essayer de me motiver à coup de peptalk et de séance “d’auto-brainwash rationnel”, ça ne fonctionnait pas. Mon coeur me criait : sors de ta routine physique et psychologique, fais le ménage et retrouve la route qui mène à tes rêves. Sauf que je n’avais pas l’énergie suffisante pour sortir de cette situation.

Pensées versus réalité

« Vous n’imaginez pas à quel point vos pensées influencent la réalité » (Giordano. 2015, 23). J’ai compris que ma tête était une vraie Grégory Charles : elle produit des pensées sans relâche et ne dort presque pas la nuit, c’est une virtuose qui pousse la note de la plus grave à la plus aiguë et me fait vivre une panoplie d’émotions. Elle est hyperactive et s’auto-motive à produire toujours davantage.

Cela peut me donner l’impression de ne plus avoir le contrôle des pensées que produit massivement mon usine mentale
(Giordano. 2015, 24).

 

Je rumine : « pourquoi l’autre ne voit pas que j’ai besoin de … ». Voilà! Le problème n’est pas l’autre, c’est moi. Je dois apprendre à formuler clairement mes besoins afin de diminuer les frustrations et la charge mentale. Aller vers l’autre sans l’accuser, c’est difficile, qu’on se le dise! Ça prend de la pratique. Surtout que mon esprit fabrique toutes sortes de pensées qui sont souvent erronées : « S’il a dit ou fait ça, c’est sûrement qu’il pense que … ». En fait, je n’en sais rien. C’est mon esprit qui fabrique toutes ces suppositions. J’essaie le plus possible de mieux communiquer.

Se laisser-aller

Je me suis regardée dans le miroir un matin et je pensais : « Misère ma vieille, tu as l’air d’avoir 20 ans de plus, ta coiffure n’a rien de glorieux, ton teint ressemble à celui de Marilyn Manson et la vigueur de ton regard se compare à celui de l’écureuil écrasé sur le bord de la 20. C’est pas moi ça! »

« À force de ne plus se sentir obligé de paraître, on ne paraît plus du tout. Le laisser-aller gagne du terrain. Il devient même criant, sous notre nez, mais on ne s’en rend même plus compte » (Giordano. 2015, 49).

Quand on se compare, on ne se console pas toujours

J’ai souvent essayé de me rassurer en rationalisant et en me comparant : « Pense dont aux enfants qui vivent dans le tiers-monde et qui meurent de faim » ou « Relativise un peu, si tu habitais une région qui souffre de la guerre civile ou pire encore, si ta fille avait une maladie grave ». Ces phrases générées par mon usine à créer des pensées ont pour objectif de me rassurer dans mes doutes. Ça marche … un peu … pas du tout. Les doutes refont surface et je n’arrive pas à me convaincre.

Élément déclencheur

Selon moi, toute transformation est précédée d’un élément déclencheur, d’une goutte qui fait déborder le vase : le patron qui vous en met une fois de trop sur le dos, le client qui se plaint et vous insulte, le conjoint qui râle sur une bagatelle au “mauvais moment”, une amie qui vous culpabilise sur un évènement, etc. Pour moi, c’est suite à une séparation que j’ai décidé de rénover ma vie. Ce fut ma motivation. Ça prend souvent un événement marquant et perturbant où tu te dis : non, ça ne va plus continuer comme ça, je dois agir. Je tire la maison à terre et je la reconstruis à neuf.

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Pas à pas

Malheureusement, il n’existe pas de cours à l’école qui nous enseigne comment être heureux. C’est pourtant tellement important. « Vous n’imaginez pas le nombre d’analphabètes du bonheur! […] La capacité au bonheur se travaille, se muscle jour après jour. Il suffit de revoir son système de valeurs, de rééduquer le regard qu’on porte sur la vie et les événements » (Giordano. 2015, 22).

Jusqu’à il y a très peu de temps, je n’avais pas idée par où je devais commencer. Je n’avais pas le courage non plus de tout affronter toute seule et je n’avais aucune idée qu’il fallait autant s’impliquer.

Parfois, il est nécessaire de mettre sa vie entre parenthèses
afin qu’elle puisse un jour être vécue en majuscules.
Se transformer nécessite de ne procéder que par petites doses de changements à la fois.

Comme je n’avais pas la procédure avec le manuel d’instructions, j’y suis allée un peu à tâtons. Au début, je voulais que le changement tombe du ciel et qu’il soit immédiat. J’aurais voulu que le conducteur de pelle mécanique mette la maison à terre pour hier, je souhaitais que l’entrepreneur général ait monté la structure de la maison pour avant-hier et que la finition intérieure avec la décoration fut A-1 pour avant, avant-hier. C’est l’influence du monde dans lequel on vit. Cet empressement à tout avoir tout de suite sinon, c’est le découragement. Mais malgré toutes mes avancées et la nécessité parfois de revenir sur mes pas, je crois que c’est une bonne méthode : celle de suivre son instinct à soi. Accompagnée d’une bonne psy et d’une tonne de livres qui m’ont fait avancer, chaque petit pas a porté fruit.

« On ne devient pas ceinture noire du changement du jour au lendemain […] Quand on parle de changement, beaucoup de gens s’imaginent quelque chose d’énorme, de radical, mais les changements de vie décisifs commencent par de petites transformations en apparence anodines … […] Ne vous y trompez pas : ce n’est pas de réussir à faire une fois les choses qui est compliqué, c’est d’y parvenir tous les jours » (Giordano. 2015, 41).

Action – réaction : se mettre en danger

Me mettre en danger fut la portion la plus difficile pour moi. J’évitais l’action et j’ai souvent souhaité que ça se fasse sans que j’aie trop à me bouger ou à m’impliquer. Quoique la routine soit non satisfaisante, je m’y complaisais parce qu’elle était tellement rassurante et ne nécessite aucun effort.

Comme un entrepreneur qui démarre son entreprise j’ai tellement pris des risques : celui de ne pas avoir de garantie de réussite, de perdre mes repères, la nécessité de négocier avec mes peurs et mes angoisses, de leur faire face et tout cela, en ne sachant pas si les revenus allaient dépasser les dépenses. C’est quand même pas de la tarte. Je me dis avec le recul qu’il ne faut pas trop y penser et se lancer.

« Nous partons du principe que ce n’est pas entre les murs d’un cabinet que la personne qui désire changer trouvera sa vérité, ni qu’elle comprendra quel sens donner à sa vie! C’est dans l’action, le concret, l’expérience » (Giordano. 2015, 40).

Les petites réussites renforcent votre détermination

Ce sont ces petites réussites que l’on doit applaudir et marquer d’une pierre blanche, d’un coeur rouge ou d’une fanfare, chacun son style. Il y avait de ces journées où j’avais l’impression que je ne contrôlais pas grand chose de cette transformation. C’était la confusion, je perdais mes repères. Pourtant, c’était tout de même encourageant à un certain niveau.

Le sentiment de bonheur extrême, profond et vivifiant que l’on ressent lorsqu’on réussit à rénover sa vie, même si c’est de la façon la plus minime qui soit, c’est extrêmement encourageant. C’est ce qui motive à poursuivre cette quête et à se reconstruire.

Comment changer sa vie, c’est tout un travail de réflexion! J’ai noté tout ce que je voulais changer, j’ai du échanger avec une psychologue pour mettre des mots sur mes états et mes insatisfactions parfois inconscientes, j’ai réfléchi à tout ce que je voulais sans censure et sans utiliser la raison. C’est un exercice du coeur, pas de la tête. Il n’y a rien de mathématique, ni de logique.

Prendre soin de soi

Comme je m’étais mise entre virgules depuis plusieurs années, il était nécessaire que je rééquilibre le balancier et que je m’occupe davantage de moi. Que dis-je! Que je rattrape le temps perdu. En terme de “soins en banque pour moi-même”, j’avais des air-lousses de cumulés qui aurait pu me payer un voyage de bien-être en Italie pendant un an. Le premier mot que j’ai réintégré dans mon vocabulaire c’est donc : MOI. En prenant le temps pour moi, soin de moi et en réfléchissant à moi, j’ai vite repris confiance en ces bienfaits. C’est de cette façon que j’ai pu retrouver une plus grande authenticité. Quand je dis que je pense à moi, je n’oublie pas non plus tout le reste : ma fille, mes amis, mes parents, ma famille, etc. Mais, disons que le déficit accumulé et cette façon si naturelle de me mettre de côté nécessitait un réajustement.

Prendre soin de soi implique aussi de mettre de côté les phrases assassines contre soi-même et l’auto-flagellation du type : « Voyons, TOUT ce que j’entreprends ne marche pas », « Pourquoi j’ai choisi ce métier là? J’étais dont bien dans le champs » ou comme le disait une certaine chanteuse populaire : « Ma vie c’est de la m… ». Il n’y a jamais rien de blanc ou noir et j’espère avoir appris à être moins catégorique envers moi-même, plus nuancée. Plus jeune, nos choix sont empreints d’une certaine naïveté alors je tente d’être plus clémente envers eux afin de rediriger le bateau vers une nouvelle destination plus à mon image. «Sois fière de toi», faut-il se répéter. « L’image qu’on se fait du monde est d’autant plus belle que l’image de soi est bonne » (Giordano. 2015, 77).

Peu importe son âge
Il est toujours temps de rénover sa vie

« [Elle] pourrait ne plus être la même …
et ce sera la meilleure chose qui puisse vous arriver »
(Giordano. 2015, 10).

 

BIBLIOGRAPHIE

Giordano, Raphaelle. 2015. « Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une ». Éditions Edito,

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