La parentalité positive des Danois – Enfants plus heureux et moins stressés

Peu importe si vous avez des enfants ou non, l’éducation en général nous interpelle. On juge rapidement la manière dont les parents élèvent leurs enfants. Le piment nous monte full pin au nez quand nous sommes spectateurs de pratiques contraires à l’éducation reçue, à nos valeurs, à nos croyances « automatiques » et préprogrammées. Et je m’avance, mais le jugement et les conseils des autres en matière d’éducation … les parents en ont soupé! Mais, si on s’arrêtait pour observer nos enfants et que nous décidions … de laisser nos enfants être des enfants!

La pression de faire « comme il faut » est là en titi et tous les parents bien intentionnés ne veulent pas se tromper et surtout, donner le meilleur à leurs enfants. Malgré nos bonnes intentions, les statistiques démontrent une augmentation de la détresse psychologique, du stress et de l’anxiété chez nos enfants et ce, de façon de plus en plus précoce. Étant moi-même mal à l’aise et trouvant inefficaces certaines de nos méthodes, j’étais mûre pour trouver d’autres idées. Avec la magie de Google, je suis tombée sur le modèle de la parentalité positive dont se servent les résidents du Danemark, peuple le plus heureux de la terre selon le World Happiness report… Ça valait la peine d’y jeter un oeil. Pas pour se culpabiliser ou pour devenir un parent parfait, juste pour trouver de nouvelles idées.

Mais avant de commencer, voyons en images à quoi ressemble de plus en plus, en Amérique du Nord, notre manière automatique et culturelle d’élever nos enfants :

« Il sait déjà lire en maternelle wow! »

« Il a compté un but, ! »
ou à l’inverse
« ALLEZ! Mais qu’est-ce qu’il fait, FRAPPE LA BALLE »

« Il a une médaille Youhoo! »

C’est normal, on le fait tous! Nous sommes fiers d’eux et nous voulons, par leur réussite, leur donner confiance en eux et en leurs capacités. Mais, je me disais dernièrement : « Voyons, ça se peut pas !!! Peut-on les laisser tranquilles ces enfants-là!

Voyons maintenant en images, la manière danoise d’élever des enfants :

Je suis déjà plus reposée en regardant ça. C’est un constat général. Peut-être êtes-vous plus Danois que Nord-Américain …

La parentalité positive a pour objectif, sans surprise, de construire sur le positif, mais elle porte son attention sur les besoins (que l’on ne considère pas comme des caprices) de l’enfant. La « recette » danoise se résume en 6 points :

    • Jeu libre
    • Authenticité
    • Recadrage
    • Empathie
    • Pas d’ultimatum
    • Hygge (terme 100% Danois. Lire mon article sur l’hygge si vous désirez en connaître davantage)

1 – Le jeu libre

Le jeu, c’est le travail de l’enfant, c’est son métier, c’est sa vie
Pauline Kergommard

Le jeu libre c’est quoi? C’est de livrer l’enfant à lui-même, seul ou avec un ami, afin qu’il joue « exactement comme il le désire, aussi longtemps qu’il veut sans que nous éprouvions de la culpabilité comme nous ne sommes pas en train de lui enseigner quelque chose » (Alexander et Sandahl. 2014 : 43-44).

Saviez-vous que les enfants danois ……

  • débutent l’école à 7 ans  seulement (avant cet âge, ils jouent … that’s it) ;
  • terminent l’école à 14h entre l’âge de 7 à 10 ans ;
  • fixent leur attention sur les motivations internes (contrôle des émotions, coopération, entraide, prise de risques calculés, apprendre à se faire confiance et miser sur les efforts) plutôt qu’aux motivations externes (félicitations régulières, médailles et diplômes, compétition, notes, se pousser à faire toujours plus, agir dans un cadre stricte) (Alexander et Sandahl. 2014 : 46).

Les Légos, (leg godt qui signifie « jouer bien ») viennent du Danemark et ont pour objectif de faire utiliser notre imagination dans le jeu. En plus, ils permettent d’augmenter en douceur la difficulté des constructions (Alexander et Sandahl. 2014 : 58).

 

Suggestions pour inciter les jeux libres :

  • Éteindre les appareils électroniques … oui, on le sait 🙂
  • Utiliser l’art
  • Explorer la nature et l’extérieur
  • Mélanger les âges afin que les enfants apprennent à vivre ensemble et à gérer leurs conflits eux-mêmes
  • Leur donner de la liberté et oublier la culpabilité
  • Les laisser jouer seuls
  • Créer une course à obstacles
  • Impliquer d’autres parents et lâcher notre fou
  • Éviter d’intervenir trop rapidement
  • Lâcher prise (Alexander et Sandahl. 2014 : 61-64)

2 – L’authenticité

D’après les Danois, accepter, comprendre et reconnaître ses émotions avec authenticité est primordial. Les émotions leur permettent de développer une plus grande empathie, un profond respect envers l’humanité et de vivre de la gratitude envers les petites choses de la vie que l’on oublie si l’on fixe son attention seulement sur un idéal de vie « conte de fée » » (Alexander et Sandahl. 2014 : 69-70).

Pour les Danois, il importe d’être honnête en considérant que toutes les émotions sont naturelles et saines à ressentir (même la colère, l’agressivité, la peur ou l’anxiété). Les parents danois partagent leurs propres émotions, bonnes ou « mauvaises », avec leurs enfants (ce qu’ils sont capables de prendre selon leur âge). Ils ne font pas semblant que tout va bien quand ce n’est pas le cas.

Saviez-vous que

Les Danois racontent des histoires qui finissent mal à leurs enfants! La petite Sirène, qui est d’origine danoise, ne marie pas le prince, mais « fond de tristesse et se transforme en écume à la fin » (Alexander et Sandahl. 2014 : 69). À l’opposé, les histoires de Disney sont plutôt du type « conte de fées ».  Montrer aux enfants pas seulement des contes à la happy end feraient d’eux des gens plus résilients selon les dernières recherches (Alexander et Sandahl. 2014 : 67)

Suggestions pour inciter les enfants à plus d’authenticité :

  • Partager nos souvenirs d’enfant
  • Lire des histoires couvrant tout l’éventail des émotions
  • Éviter les félicitations systématiques
  • Se concentrer sur l’effort et rester sincère
  • Éviter les comparaisons
  • Mettre l’accent sur l’unicité et l’authenticité (Alexander et Sandahl. 2014 : 81-86)

3 – Le recadrage

Recadrer demande patience et calme afin de provoquer pour chaque situation un changement de point de vue chez l’enfant, une nouvelle interprétation d’une situation. Les Danois sont des optimistes réalistes, c’est-à-dire que vous entendrez rarement un Danois se plaindre. Au contraire, ils ont la capacité de mettre du positif dans leur vie tout en étant en contact avec la réalité. « Ils ne sont pas non plus des hyper optimistes – ces gens qui sonnent parfois faux tant leur vie paraît parfaite » (Alexander et Sandahl. 2014 : 93-94).

« Se concentrer sur les aspects les moins négatifs des circonstances et chercher un juste milieu réduit le niveau d’anxiété et favorise le bien-être ».

Au lieu de dire : « Je déteste prendre l’avion » …
Remplacer par : « J’aime voyager à la minute où je descends de l’avion »

Au lieu de dire : « Ma fille est entêtée » …
Remplacer par : « Elle a une belle persistance et elle développe ses qualités de leaders »

Au lieu de dire : « Mon enfant est tête en l’air » …
Remplacer par : « Il est très créatif ou c’est un artiste en herbe » (Alexander et Sandahl. 2014 : 98)..

Se concentrer sur le positif est beaucoup plus constructif pour l’enfant.

Suggestions pour pratiquer le recadrage :

  • Choisir judicieusement ses mots
  • Prendre conscience des discours intérieurs non constructifs
  • S’entraîner à la reformulation
  • Éliminer le langage réducteur, noir ou blanc
  • Réinterpréter l’histoire de l’enfant avec davantage de tendresse
  • Employer un langage constructif
  • Manier l’humour (Alexander et Sandahl. 2014 : 114-116)

4 – L’empathie

Essayez d’aborder les situations de la vie avec « discernement et indulgence plutôt qu’avec exaspération » (Alexander et Sandahl. 2014 : 119). Je sais, ce n’est pas toujours facile! Pendant les devoirs surtout, je dois retenir ma respiration pour ne pas soupirer ou m’évanouir de désespoir… ou encore lorsque ma fille fait une « expérience » qui fait que mon comptoir a l’air d’avoir reçu une bombe en pleine face.

L’empathie et la coopération diminuent le stress et améliorent les relations. Pourtant, une étude américaine démontre que l’empathie chez les jeunes a diminué de moitié et le narcissisme a doublé (Alexander et Sandahl. 2014 : 121). Ce qui en résulte est un égo de plus en plus fort : « Oui, mais MOI … Non, mais MOI …». L’empathie est impossible lorsqu’on est centré sur soi-même ou en compétition car les autres deviennent des rivaux à battre.

Avant de juger avec sévérité, essayer d’exprimer de l’empathie et de comprendre les raisons derrière ces choix ou comportements.
« S’épauler plutôt que de juger », c’est la règle danoise.

Le saviez-vous ……

« Au Danemark, moins d’une semaine après avoir donné naissance à leur bébé, chaque maman reçoit chez elle la visite d’une sage-femme […] Cette dernière lui communique les coordonnées de toutes les femmes du quartier qui viennent elles aussi d’avoir un bébé, de manière à aider les femmes à entrer en contact. Les mamans se regroupent une fois par semaine. En cas d’absence, elles s’organisent, s’appellent ou se déplacent » (Alexander et Sandahl. 2014 : 192-194).

Suggestions pour être plus empathique et bâtir nos relations :

  • Ne pas craindre que nos enfants échouent ou vivent un conflit
  • Ne pas surprotéger
  • Montrer sa vulnérabilité pour se rapprocher les uns des autres
  • Apprendre à reconnaître nos émotions et ceux de nos enfants
  • Ne pas juger les émotions éprouvées par nos enfants («bien non, ne te sens pas triste»)
  • Mélanger les élèves qui ont une facilité dans un domaine avec ceux qui ont des difficultés
  • Favoriser la collaboration et le travail d’équipe (Alexander et Sandahl. 2014 : 143-145).

5 – Le refus des ultimatums

La vie va vite, on ressent la pression, les exigences élevées, etc. Au retour à la maison, les enfants n’écoutent pas, la patience s’amenuise, ils nous énervent, nous craquons et nous hurlons ou menaçons : « Si tu ne cesses pas immédiatement, tu iras en punition ». Résultat, l’enfant obéit par peur, l’ambiance est tendue et après s’être emportée, on culpabilise.

Les Danois sont des parents autoritaires-réceptifs : c’est-à-dire qu’ils sont exigeants, qu’ils posent les règles, mais qu’ils soutiennent, discutent et encouragent leurs enfants à poser des questions et à s’impliquer… c’est un processus démocratique.

« Là où les Anglo-Saxons parlent des terrible tows, les Danois parlent de trodsalder qui signifie « l’année de la frontière ». Pour les parents danois, il est naturel que les enfants cherchent à repousser les limites. Ils l’acceptent et ne trouvent ça ni terrible ni gênant »  (Alexander et Sandahl. 2014 : 157).

Les Danois se disent aussi : « Comment demander à nos enfants de se maîtriser si nous n’y arrivons pas? »

Suggestions :

  • Cesser de s’inquiéter de ce que les autres vont penser. Croire en ses valeurs et les défendre en les incarnant
  • Stop! Respirer! Rester calme! Réfléchir!
  • Utiliser l’humour
  • Se concentrer sur les grandes lignes (tout n’a pas à être tiré à quatre épingles. Nos enfants ne sont pas des soldats)
  • Essayer la compréhension plutôt que la colère
  • Au bord de l’explosion, changez de pièce, demandez au conjoint (si possible) de prendre le relais
  • Éviter les rapports de force et le blâme
  • Voir les enfants comme foncièrement bons (Alexander et Sandahl. 2014 : 173-176).

Dresser la liste des ultimatums que nous posons régulièrement et analyser s’ils ressemblent à ceux que nos parents nous posaient peut nous aider. En quoi pourrait-on renverser la situation? Trouver des solutions pour se calmer. A-t-on besoin davantage de sommeil, de solitude? Écouter nos besoins et demander de l’aide.

6 – L’hygge

L’hygge, c’est l’art de vivre confortablement et simplement ensemble afin de diminuer le stress et d’améliorer nos rapports sociaux! Comment? En jouant à des jeux, en allumant des bougies, en confectionnant des bons repas, en prenant le thé avec des gâteaux et en se côtoyant dans une atmosphère douillette (Alexander et Sandahl. 2014 : 179). « Les scientifiques ont montré qu’un des facteurs les plus prédictifs du bien-être est la qualité du temps passé entre amis et en famille […] Se sentir relié aux autres donne à la fois du sens et un but à nos vies » (Alexander et Sandahl. 2014 : 180-182).

Le saviez-vous ……


Lorsqu’ils sont invités à souper, les Danois cuisinent, font  la vaisselle et rangent ensemble afin qu’une personne n’ait pas toute la charge de travail.

 

Voici quelques règles à respecter pour une ambiance hygge :

  • Personne ne monopolise l’attention
  • Travailler ensemble au confort de tous
  • Choisir des jeux où tout le monde peut participer
  • Laisser ses problèmes personnels au seuil de la porte
  • Adopter un point de vue positif
  • Éviter la discorde
  • Arrêter de se plaindre
  • En cas de stress, recadrer
  • Rester simple
  • Rester présents et encourager ses enfants à rester présents (moins de jouets, d’écran)

+++++++++++

Changer une habitude, c’est très demandant psychologiquement et émotivement en plus de potentiellement attirer quelques regards critiques. Ça demande de l’énergie … fiou! C’est assurément plus facile pour un Danois qui a grandi avec ce style d’éducation. Aussi, depuis que j’essaie d’intégrer tranquillement de nouvelles façons de faire dans mon style d’éducation, j’ai fait quelques dérapages … c’est normal, c’est la vie … Attention au piège de la mère parfaite! Les enfants bénéficient d’avoir des parents imparfaits alors pas de pression et pas de stress! Ce style d’éducation n’est pas parfait non plus! Il faut y aller avec notre capacité, notre style et la personnalité de notre enfant. Rien ne sert de vouloir tout suivre à la lettre. Ce ne sont que des suggestions, rien de plus. Adoptez-les selon ce qui vous parle le plus!

Rénover sa vie et ses façons de faire, ça demande du courage!
Le chemin emprunté est plus difficile, mais beaucoup plus riche!
Osez, ouvrez-vous et essayez!
Vous en avez la capacité!

 

BIBLIOGRAPHIE

Tout l’article a été rédigé en m’inspirant de ce livre :

Alexander, Jessica Joelle. Dissing Sandahl, Iben. 2017. « Comment élever les enfants les plus heureux du monde – Les recettes du bonheur danois ». Éditions JC Lattès, 235 p.

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