« Échecs », épreuves et se tromper … oops!

Le mot échec n’existe pas et pourtant, il est partout. J’ai moi-même ressenti les effets de cet état plus de fois que je ne l’aurais souhaité. Se tromper ou subir un échec, c’est composé de :
– 1 tasse de feu qui monte aux joues (la gêne) ;
– 1/2 tasse de culpabilité ;
– 1/4 de tasse de honte.
Pourtant, ça ne devrait pas, car c’est de cette façon qu’on découvre le monde et que l’on apprend.

Des échecs grandeur « gâteau de mariage » comme la perte d’un emploi, le refus d’un financement ou une séparation aux plus petits échecs taille « cupcake » comme se tromper sur le montant de la facturation d’un client, donner une information erronée ou faire une erreur dans l’agenda du patron … peu importe la taille, se tromper ou être en situation d’échec, c’est mal perçu. Nous sommes durs envers nous-mêmes et envers les autres. La tolérance à l’erreur n’est pas toujours au rendez-vous de nos jours… Comme si les gens qui avaient « réussi » ou qui étaient heureux n’avaient jamais fait d’erreurs, n’avaient jamais eu d’échecs et ne s’étaient jamais trompés.

Paraître, avoir raison et être parfaite

J’ai pris des cours de golf il y a deux ans environ. Mon bâton préféré, c’était le driver. Je voulais le plus solide pour claquer la balle de l’autre côté du lac. Potter à la fin, ça ne me disait rien… pas assez flamboyant! Ce que je voulais, c’était le long coup qui paraissait aussi défoulateur qu’impressionnant. Je voulais tellement la swigner la balle, que j’en perdais la posture et je frappais au-dessus … dans le vide. La balle demeurait au sol.

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Dans ce temps-là, je devenais bleu marine. Je me disais en-dedans de moi-même : « j’espère que personne n’a vu ça! Je l’ai manqué pas à peu près! J’ai l’air d’une girouette à frapper dans le vide de même! »… Et après? Cette volonté de paraître, d’avoir raison ou d’être parfaite, ça me suivait partout. Ce que cela me causait, c’est une honte ou une frustration lorsque je me trompais, que je faisais une erreur ou que j’étais en situation d’« échec ». J’en ajoutais en me disant en victime : « Je travaille plus fort que la majorité, alors pourquoi je n’y arrive pas, ce n’est pas juste ».

Assouplir mes pensées, diminuer mes attentes et être moins dure envers moi-même, quel défi! J’ai tout de même changé mes perceptions. Depuis que je suis beaucoup moins en compétition avec les autres, je vois enfin l’humain derrière chaque individu : imparfait et vivant aussi des difficultés. « Nous voulons que nos parents et nos conjoints soient fiers de nous, mais il est essentiel que nous comprenions que notre valeur ne dépend pas ne nos performances et de nos accomplissements. Au lieu de vous escrimer à atteindre la perfection, efforcez-vous de vous sentir bien dans votre peau et aussi satisfait de vous qu’il vous est possible dans ce monde où rien n’est juste ni parfait » (Billmark. 2016, 90).

« Si vous n’êtes pas préparé à avoir tort,
vous ne créerez jamais rien d’original ».
Sir Ken Robinson, Auteur et conseiller international en éducation

Chercher l’équilibre : un sentiment d’échec constant

Personnellement, j’ai cherché à trouver un équilibre entre les différentes sphères de ma vie : de mère, de travailleuse, d’amie, de soeur, de fille, etc. en :

  • passant du temps de qualité avec ma fille ;
  • soutenant et voyant ma famille ;
  • me réalisant professionnellement ;
  • prenant du temps pour moi pour me reposer, lire un livre, prendre un bain, bien m’alimenter et m’entraîner ;
  • me développant personnellement et poursuivant ma croissance personnelle ;
  • passant du bon temps avec mes amies ;
  • etc.

J’ai toujours eu ce sentiment que je devais essayer de séparer également et de façon bien équilibrée toutes ces sphères de mon existence, mais je réalise que ça ne se fait pas. C’est donc un continuel sentiment d’échec qui m’envahit dans cette quête d’équilibre et de conciliation parfaite. Dans la vingtaine, c’est le travail qui prenait beaucoup de place. Ensuite, à la mi-trentaine, c’est ma fille qui a pris la place et ensuite… je ne sais pas. Le futur me le dira. Il s’agit d’établir ses priorités.

« La vitesse, le paraître et le perfectionnisme qui ont sournoisement envahit nos vies modernes arrivent à nous faire croire qu’il est possible de tout concilier de façon parfaite. Pourtant, nous nous retrouvons essoufflés, déprimés et insatisfaits de ne pas y arriver. […] On cesse de se sentir constamment déchiré et incapable de tout faire quand on accepte volontairement de mettre certains domaines en veilleuse pour se concentrer sur ceux qu’on juge prioritaires. C’est une façon concrète de se respecter et d’être en harmonie avec ses valeurs. […] Et si l’équilibre n’était pas une ligne statique mesurant notre indice de bonheur en tout temps, mais plutôt un état de flexibilité qui permet de s’adapter aux aléas du quotidien pour vivre en accord avec nos valeurs? (Louise Sigouin, psychologue. 2018 : En ligne)

En ressortant un vieux livre que j’avais de Jean-Marc Chaput, je suis tombée sur un texte qui allait dans le même sens :

« Cette insistance sur le raisonnable s’est traduite souvent dans notre entourage par la recherche de l’équilibre. […] On a mis de l’avant le principe de l’équilibre travail-famille. On a laissé entendre que la vie pouvait se diviser en quartiers et que chacun de ces quartiers devait avoir son espace bien attitré. Mais la vie n’est pas une tarte! Le mot équilibre m’agace lorsqu’on parle de bonheur dans la vie. On veut absolument que la vie soit équilibrée, alors que la vie est une suite de hauts et de bas. […] Quoi qu’on dise, quoi qu’on fasse, la vie ne sera jamais équilibrée. La vie, ce sont les montagnes russes. […] L’équilibre entendu comme le fait de se tenir en équilibre sur une sorte de fil de fer est une fausse notion de la vie! Il s’agit plutôt de pulsions qui nous viennent de l’intérieur, qui font que tu avances de quelques pas et peut-être trop loin ; tu dois alors reculer de quelques pas ; tu tombes et tu te relèves, toujours en fonçant vers l’avant » (Chaput. 2006, 52-53).

Peut-être qu’effectivement, la quête de l’équilibre manque un peu de saveur ou qu’elle est trop remplie de performance. Je suis pourtant quelqu’un qui était plutôt coloré, intense et éclaté à mes heures. En vieillissant, j’ai caché mes couleurs pour « me ranger », être plus raisonnable, essayer de tout faire bien, être moins enfant et plus adulte finalement. Sans être à l’autre extrême du déraisonnable, je pense que je devrais me « lâcher lousse» un peu plus,  ajouter du « naturel » et de la  spontanéité.

France Castel dit : « En 1980, j’ai trente-six ans, trois jeunes enfants à charge, une carrière à relancer, une vie à reconstruire. J’étais femme de médecin installée à Chicoutimi, me voilà séparée et mère monoparentale à Montréal. Le mariage a duré deux ans. Un « échec » difficile, dont je suis l’unique responsable. J’étouffais et je suis partie. J’aurais pourtant juré que cette fois serait la bonne. J’avais tout fait, tout accepté, pour concrétiser mon rêve de stabilité, de famille normale. Conclusion : ce fantasme n’est pas pour moi, ne l’a jamais été et ne le sera jamais. Pire : la quête d’équilibre m’a encore plus déséquilibrée. Je suis donc retournée à la case zéro » (2016, 64).

Notre conception du bonheur et du bien-être est bien personnel. À moi de bien me cerner pour mieux-être.

Le doute et les remises en question

Ce désir de performance et de compétition me pousse à considérer l’échec comme quelque chose à éviter et alors, j’ai peur de me tromper. Je me pose toutes sortes de questions.

Mais, se poser les bonnes questions, c’est nécessaire. Je change et je suis en constante évolution.

Mes questions, je les pose à mon instinct … pas à ma tête rationnelle, ni à mon usine à penser qui me fait douter de moi de façon négative. Si mon instinct me dit oui, alors je dois foncer et avoir confiance en lui.

«Dan Bigras, dans un article paru dans La Presse du 23 avril 2005, disait […] Le cerveau veut manipuler, tromper, leurrer. L’instinct ne trompe jamais. Et je suis sûr de ne pas me tromper si je réalise mon film avec l’instinct, le coeur, les émotions. Finalement, c’est l’enfant en moi qui a raison et qui aura toujours raison […] L’instinct, c’est l’inverse du rationnel! […] La logique cartésienne que je ne dénigre pas, bien au contraire. Mais dans le parcours d’un humain sur terre, il est souvent une entrave à vivre pleinement » (Chaput. 2006, 46-47).

Se poser des questions alors, c’est bien, mais passer à l’action, c’est vital!

Pour la version Québec de Starmania, France Castel se lance : « Un tel spectacle à grand déploiement et tout le tralala, c’est du jamais vu au Québec […] La pression est énorme, et mon expérience de comédienne, bien petite. L’angoisse. Vais-je réussir […] Plus naïve que téméraire, je suis le genre de fille qui plonge sans savoir nager. Ensuite, je m’arrange pour ne pas couler. Je fais ça depuis toujours, avec une bonne moyenne au bâton » (Castel. 2016, 66).

Un pas en avant – Un pas en arrière

Après plusieurs petits pas, plusieurs victoires, des déclics dans notre tête, il y a une progression vers le mieux-être et le mieux-vivre. Il faut se pardonner, aller de l’avant. La sensation d’échec était pour moi très désagréable : je m’étais plantée, la galère! Mais aujourd’hui, je crois très fort aux pas en avant et aux pas en arrière pour avancer. Comme un scientifique qui revient sur sa démarche, qui réfléchit et qui approfondit ses connaissances. Cela l’amène parfois à aller dans une nouvelle direction qui provoquera une découverte étonnante. C’est comme ça qu’on apprend. Des fois, ça nous pète dans la face alors qu’à d’autres moments, on réussit.

«Le succès est la capacité d’aller d’échec en échec
sans perdre son enthousiasme »
Winston Churchill

Une épreuve peut cacher une leçon, un cadeau

Parfois, un échec ou une épreuve peut se transformer en cadeau, car aussi peu agréable que soient les émotions qui l’accompagne, il est tout de même générateur de changement. Parfois, cela amène une prise de conscience qui nous fait cheminer et nous rend en bout de ligne plus heureux. Sur le coup, ce n’est peut-être pas ce que l’on ressent, mais c’est plus tard que j’ai pu comprendre que ce choc m’avait, après tout, été bénéfique.

« Nous évoluons plus rapidement dans le chaos, car le chaos est fondamentalement créateur en ce sens qu’il apporte un ordre nouveau. Mais les périodes de chaos sont difficiles, déstabilisantes, pleines d’énergies violentes, contradictoires, voire usantes. Cela peut mener à une intense production créative, mais qui nous bouscule dans nos habitudes, nous bouleverse, même si cela nous pousse à résoudre des problèmes pour avancer et grandir. Dans ces moments où domine la peur, il s’agit de se donner encore plus d’amour » (Ima. 2016, 182).

Rebondir en s’écoutant : laisser libre cours à sa créativité

Prendre une chance, ça toujours été difficile pour moi. J’ai toujours eu cette tendance à imaginer le pire : et si je me lance et que ça ne fonctionne pas, que je fais faillite, les autres vont me démoraliser et me dire « j’te l’avais dit »… je ne pourrai pas le tolérer. Encore, l’usine à penser qui chauffe les fournaises de la fabrique. C’est bien mieux d’avoir essayé que de ne rien avoir fait du tout. « Combien de bonnes idées dans la vie ont été freinées, arrêtées, bloquées à cause de la tête? Dans une organisation, quelqu’un émet une idée, une solution extraordinaire et on l’arrête aussitôt, lui disant : « Attention! As-tu pensé à ceci et à cela?» On stoppe alors toute créativité » (Chaput.2006 : 58). Je m’assume davantage maintenant et je réussis à laisser ma créativité reprendre le dessus de la raison ou des désillusions.

« Le meilleur moyen de manquer la cible est de ne pas viser! »
(Billmark. 2016, 92).

Expériences

Suite à un « échec », faire des nouvelles expériences peut générer de nouvelles idées. C’est lorsque je me sens bien et à ma place qu’une nouvelle voie est tracée. À moi de prendre le risque de marcher dans un nouveau chemin. Pour faire suite au sentiment d’échec qu’a connu la chanteuse Ima lors de la sortie d’un de ces albums qui n’avait pas rencontré le succès escompté, elle a décidé de partir en voyage. À ce moment, elle était un peu déprimée et souffrait du syndrome de l’imposteur, c’est-à-dire qu’elle se demandait si elle était bien à sa place et suffisamment talentueuse. C’est lors d’une soirée toute simple dans un petit restaurant qu’elle « a trouvé une nouvelle voie qui a donné naissance à un nouvel album Smile qui a connu un grand succès » (Ima. 2016, 64). Ça peut être long de procéder par essais et erreurs. On ne trouve pas toujours tout de suite, mais la patience est une qualité à développer.

Rénover sa vie c’est aussi donner un autre sens,
une nouvelle dimension à nos « échecs » et à nos épreuves!

 

BIBLIOGRAPHIE

Billmark, Mats. Billmark, Susan. 2016. « Ce livre va changer votre vie ». Éditions de l’Homme,216.

Castel, France. 2016. « Ici et maintenant ». Les Éditions La Presse, 208 p.

Chaput, Jean-Marc. 2006. « Politiquement incorrect ». Les éditions Québécor, 310 p.

Giordano, Raphaëlle. 2017. « Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une ». Éditions Édito, 264 p.

Ima. 2016. « Merci la vie # Liberté # Gratitude # Amour # Joie # Pardon ». Éditions Édito, 191 p.

La vraie nature. 2018. Émission du 4 février 2018 avec France Castel, Gino Chouinard et Anne-Marie Losique.

Marilou. 2014. « Trois fois par jour – Premier Tome ». les Éditions Cardinal, 249 p.

Sigouin, Louise. 2018. « Trouver son équilibre ». Blogue de Julie Bélanger. En ligne. http://juliebelanger.com/billet-etre-bien/trouver-son-equilibre/. Consulté le 9 février 2018.

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